«La sécurité collective n'est pas incompatible avec les libertés individuelles»

Article par Jan Philipp Albrecht publié sur liberation.fr le 3 Mai 2016

Created at 11.05.2016

La numérisation de tous les domaines de la vie a un impact révolutionnaire sur notre société. Cette thématique, touche la politique de l’éducation ainsi que la politique économique et sociale. Elle peut renforcer la liberté de communication et la démocratie, mais également conduire à de nouvelles approches de surveillance, souvent utilisées pour imposer des restrictions aux droits fondamentaux. Nous devons veiller à ce que les droits et les libertés des citoyens en ligne soient respectés, surtout lorsqu’ils sont menacés par des organes politiques ou des organisations privées. Cependant, cette transition vers la souveraineté numérique ne se fera pas du jour au lendemain, elle nous accompagnera au cours des prochaines décennies. Voilà pourquoi nous devons penser à son impact au long terme et concevoir des offres européennes et parler des défis, des conséquences de chaque aspect de cette transformation.

 

Empêcher la collecte de données

Nous devons refréner l’envie des entreprises de collecter nos données personnelles et renforcer la souveraineté de données des consommateurs. Le chemin vers un marché numérique unique dans l’UE est une étape fondamentale vers l’application cohérente des principes et règles juridiques. La création de cadres unifiés dans le domaine des normes de protection des données et des télécommunications a connu des changements historiques vers l’environnement numérique durable. Une réforme des règles encadrant la protection des données dans l’UE, remplace le patchwork de règles nationales. Ainsi l’UE donne non seulement une réponse à la nature transfrontalière du monde numérique, en disant au revoir aux compétences et différences nationales, mais construit aussi un modèle pour les normes mondiales futures.

 

Sécurité et protection de la vie privée

Nous devons protéger la vie privée et mettre les services secrets en laisse. L’espionnage total de nos communications électroniques a dévalué nos droits fondamentaux de manière durable en commençant par le droit à la vie privée, aux télécommunications et au droit à l’autodétermination informationnelle. La surveillance porte atteinte aux principes tels que la primauté du droit et la séparation des pouvoirs. Elle a érodé la confiance des gens dans l’indépendance et l’intégrité des institutions politiques, ainsi que la sécurité des technologies numériques. Face aux menaces posées par le terrorisme, les appels aux niveaux européens et nationaux pour le renforcement des instruments de surveillance publique se font de plus en plus pressants. Dans son désir de toujours plus de sécurité, les législateurs risquent de compromettre les libertés et droits fondamentaux. Or, la sécurité collective n’est pas incompatible avec les libertés individuelles.

 

Dans un moment où nombre de citoyens s’interrogent sur l’Europe, nos réussites communes comme l’aboutissement de la réforme sur la protection des données dans l’UE montrent que l’Europe et l’Europe numérique sont l’incarnation même de triomphe sur les égoïsmes nationaux.

 

Article par Jan Philipp Albrecht publié sur liberation.fr le 3 Mai 2016